Les Beaux Arts du Fil

●   École Internationale de Broderie d'Art   ●



Histoire de la broderie


La broderie


Il faut sans doute remonter à la préhistoire pour rencontrer les premières broderies. Certes, elles n'avaient rien de commun avec celles d'aujourd'hui, mais déjà à cette époque, elles représentaient une richesse personnelle, un signe extérieur du statut social de celui qui la portait ou de l'événement pour lequel on se parait. Ainsi, le chef, le sorcier ou quelque autre membre important de la tribu était reconnaissable aux signes distinctifs qu'il portait sur ses vêtements. Perles d'ivoire, fragments d'os, cheveux, cuirs colorés ou blanchis, pièces de fourrure, la matière première était à portée de main et abondante, la richesse d'un modèle dépendant surtout de la créativité de son exécutant. On ne peut toutefois parler déjà de brodeur, même s'il est probable qu'une personne particulièrement douée pour cette activité soit préposée à la réalisation des motifs les plus délicats.


Par son ancienneté, la broderie est sans doute un des premiers arts plastiques. Elle prendra son véritable essor dans l'Antiquité. La richesse des motifs et des matériaux évoluera au cours des millénaires. Deux mille ans avant J.C., la découverte des métaux tels que le cuivre, le bronze, l'or et l'argent permit de diversifier les techniques. Le travail exceptionnel des artistes de cette époque, qui parvenaient à exécuter des motifs d'une grande finesse comme à fabriquer de simples perles ou paillettes, s'étendit jusqu'à la création du fil de métal. Ce fil si fin permit la réalisation de véritables dentelles sur lesquelles, dès le Ve siècle avant notre ère, la brodeuse (le terme existe sûrement déjà, car la Bible, au chapitre 27 du Livre de l'Exode évoque un rideau de vingt coudées artistiquement brodé en lin retors) enchâssera des pierres précieuses et semi précieuses. Au cours de ces siècles, les textiles joueront un rôle essentiel. Ils permettront à la brodeuse de réaliser des modèles de grandes dimensions.


Toutes ces découvertes successives ont permis aux broderies de s'embellir et de s'enrichir. Cependant, il faudra attendre les XVe et XVIIe siècles pour connaître l'apogée de la broderie car ce sont bien les siècles des splendeurs.
La broderie est un luxe que seule une classe de privilégiés peut s'offrir : les riches membres de la famille royale, les hauts dignitaires, la grande bourgeoisie désireuse d'afficher une certaine grandeur, sans oublier les municipalités qui recevaient leurs hôtes de marque avec magnificence et l'Eglise grande utilisatrice qui profita des dons parfois spectaculaires offerts en dévotion.
Tout se prête à la broderie, les vêtements tant féminins que masculins, les tissus d'ameublement, et également les meubles, le moindre bibelot, les livres, la livrée des domestiques, l'harnachement des chevaux, les carrosses… Rien n'est oublié. La broderie est d'une extrême finesse, de soie, d'or ou d'argent, au petit-point, en peinture à l'aiguille ou en couchure. Ces matériaux nobles et ces techniques délicates font que le nombre d'heures nécessaires à la réalisation des modèles et leurs prix sont considérables.


La demande est si importante que de nombreux ateliers vont se créer. Colbert, promoteur des grandes industries , ouvre les grandes manufactures, et parallèlement prohibe les produits textiles manufacturés à l'étranger, comme les dentelles, les broderies et les toiles peintes des Indes dont nous parlerons dans un autre chapitre. En 1667, la Manufacture royale des meubles de la couronne ouvre ses portes aux Gobelins sous l'autorité de Le Brun, suivie par la fondation de l'atelier de broderie du couvent Saint-Joseph à Paris qui contribua plus tard à la décoration du château de Versailles, puis à celle des châteaux de Noisy-le-Roi et de Saint-Cyr (créés par Madame de Maintenon). Ces ateliers ne sont pas les seuls à broder. Effectivement, de nombreux couvents où la dentelle et la broderie font depuis toujours partie de la vie monastique, jouissent d'une réputation égale voire supérieure aux ateliers les plus célèbres, tel celui des Ursulines d'Amiens.


Cet engouement pour la broderie se prolonge jusqu'à la moitié du XVIIIe siècle. Dès lors, les goûts changent. Des tissus brodés arrivent d'Orient et d'Extrême-Orient à des prix très bas. La petite bourgeoisie peut maintenant s'offrir ce luxe dont elle rêvait depuis tant d'années. Mais avec cette nouvelle explosion dans le monde de la broderie prennent fin les siècles des splendeurs.


La broderie Lunéville


La Lorraine est depuis fort longtemps un haut lieu de broderie. Depuis le XVe siècle y sont élaborés des motifs de couleurs, d'or et d'argent, réalisés à l'aiguille. La broderie blanche - exécutée au fil de lin blanc sur filet ou sur mousseline - apparaît au XVIIIe siècle et se développe dans toute la région. Le roi Stanislas Ier, installé à Lunéville où il tient une cour brillant, favorise son essor.
La Révolution française entraîne tout le pays dans une longue crise qui prendra fin grâce à l'impératrice Joséphine qui relance la mode de la broderie blanche. En 1805, on compte à Nancy entre 4 000 et 5 000 ouvrières. En 1807, plusieurs ateliers de jeunes ouvriers ouvrent leurs portes. Certains de ces enfants, filles et garçons, n'ont que 7 ans. En 1811, les demoiselles Cazottes brodent le voile du berceau du Roi de Rome.


Le point de Lunéville, qui depuis le XIXe siècle doit son nom à la ville, est avant tout un point de chaînette exécuté sur du tulle. On y découvre la possibilité d'utiliser un crochet pour réaliser le point sur un support tendu sur un métier.
Grâce à cette technique, la vitesse d'exécution s'accélère, le travail est plus précis, les motifs peuvent être plus délicats et le point beaucoup plus petit. Le fait de tendre le tissu sur un métier donne à l'ouvrage un très beau fini : le tissu ne fronce plus autour des parties brodées et il n'est plus déformé par les manipulations. De nombreuses villes de l'est brodent au crochet ou à l'aiguille sur tulle ou sur mousseline de soir mais également sur des toiles très fines de lin ou de coton telles la batiste, la percale ou, moins connu de nos jours, le jaconas (toile de coton intermédiaire entre la mousseline et la percale). La broderie blanche de luxe lorraine est si réputée que de nombreuses maisons ont une filiale à Paris et jusqu'à Londres et New-York.


Si la technique de la broderie a évolué, il en va de même pour la broderie elle-même. Blanche hier, elle se fait maintenant noire ou colorée. Toutefois, la renommée de Lunéville ne viendra qu'en 1865 lorsque Monsieur Ferry-Bonnechaux découvre la technique permettant de poser les perles et les paillettes à l'aide du crochet. Le succès est immédiat. En 1875, c'est la vogue du jais noir ; en 1889, on la pare de toutes les couleurs. En 1891, les paillettes plus légères et plus brillantes sont, elles aussi, à la mode. C'est une véritable envolée de la broderie. Chaque année la mode a ses exigences, aussi les brodeurs doivent innover, inventer et proposer des couleurs et des motifs toujours nouveaux.


La guerre de 1914 mettra un frein à ce commerce florissant jusqu'en 1918 où les années folles raccourcissent les robes et les couvrent de perles. Jusqu'en 1928 les brodeuses ne cessent d'œuvrer pour satisfaire à la mode, à la ville dans les ateliers, mais aussi à la campagne où les ouvriers travaillent à domicile. La première école d'apprentissage voit le jour en 1924.


Aujourd'hui, la broderie Lunéville, ou à l'aiguille, sert essentiellement la haute couture, le prêt-à-porter de luxe, le music-hall et plus rarement l'ameublement. Les grandes maisons de broderies se trouvent à Paris, on n'en compte plus que quelques-unes en Lorraine.


La Haute Couture


La haute couture est incontestablement née en France. D'ailleurs, le terme français de haute couture est utilisé dans le monde entier. Si la France exerce aujourd'hui le monopole de la mode en Europe, pourtant jusqu'au XIXe siècle il n'y existe pas de créateurs à l'instar des grands couturiers. La mode est dictée par la clientèle aristocratique et bourgeoise. Ce sont les salons qui donnent le ton.
Il faut attendre en 1857 l'arrivée d'un certain Charles-Frederick Worth qui ouvre au n°7 de la rue de la Paix une boutique où il crée ses modèles. En deux ans, il devient le couturier attitré de l'impératrice Eugénie. Il contribuera au renouveau de la soierie lyonnaise. Pour la première fois, un couturier dicte la mode et la rue de la Paix devient la rue la plus élégante de Paris.


En 1888 est crée la Chambre syndicale de la haute couture française. Elle définit le règlement que doit appliquer tout couturier voulant âtre reconnu comme " grand couturier ". Par exemple, le nombre de défilés annuels, de modèles, de mannequins pour chaque collection, etc. Le prêt-à-porter verra le jour dans les années 30 sous l'impulsion de quelques maisons de couture, mais c phénomène prendra réellement son envol en 1960.


En 1970 apparaissent les premiers stylistes et, dans le même temps, c'est la rupture définitive entre le prêt-à-porter et la haute couture. Débute une nouvelle ère dans les relations entre la haute couture et le stylisme de mode.


La broderie provençale


Marseille est depuis des temps immémoriaux une porte ouverte sur le monde. Les croisés y rapportent les soieries d'Orient, le coton, les produits nécessaires aux teintures et les toiles peintes de l'Inde et du Levant. Ces indiennes très prisées sont prohibées au XVIIIe siècle par Colbert. Leur prix excessif en contrebande pousse alors les femmes à les imiter. De là naissent les toiles brodées en fil de laine fin au point de Beauvais. Ce point n'est rien d'autre qu'un très petit point de chaînette qui souligne les traits et remplit les motifs. Si le point utilisé est unique, les couleurs sont très variées. Cette chaînette se réalise à l'aide d'un crochet. Ce travail prodigieux est cependant moins prisé que les toiles peintes.


Le boutis


Le piqué, précurseur du boutis, est employé dès le XIVe siècle en Italie puis en Provence. La technique consiste à tendre sur un métier une toile de peu de valeur ou des étoffes rapiécées qui servent de fond à l'ouvrage. Une couche de ouate de coton est posée dessus et le tout recouvert d'une belle étoffe. Le dessin, s'il est constitué de lignes droites, est réalisé à l'aide d'un fil enduit d'une poudre bleue tendu au-dessus du tissu et que l'on fait vibrer. Pour les motifs ou les tracés en courbe, on ponce le tissu avant de le monter sur le métier. Les trois couches sont réunies par des points avant. Le boutis, spécialité de Marseille et de la Provence occidentale, est un piqué dont la technique consiste à réunir les deux tissus par des points arrière puis à introduire des mèches de coton à l'arrière de l'ouvrage à l'aide d'une aiguille. Cette technique permet de réaliser des motifs d'une extrême finesse. Certains de ces boutis furent rebrodés au pont de Beauvais.


La broderie Cornely


Feuille d'automne brodée

La machine Cornely n’est autre que la descendante directe de la Couso-Brodeur de Monsieur Barthélemy Thimonnier, inventeur de la machine à coudre en 1830. C’est une machine à crochet qui fait un point de chaînette, il l’appelle ’’Le Couso-brodeur’’. Walter Hunt (américain) rachète le brevet et crée un mouvement à aiguille et une navette. Isaac Singer améliorera le mécanisme en 1851 et vend les machines à coudre à usage domestique. C’est un succès.


Quelques années après, Monsieur Cornely rachète le premier brevet de B. Thimonnier et perfectionnera la machine pour en faire une machine à broder. On s’en servira beaucoup, tout comme le crochet de Lunéville pour broder les tulles mécaniques puis peu à peu, elle prendra ses lettres de noblesse dans la broderie haute couture. Aujourd’hui, on la trouve dans pratiquement tous les ateliers de broderie.


Quelques dates importantes :


  • 1777 Le métier Jacquard à tulle en Angleterre
  • 1808 Le métier à tulle en France (le tulle Bobin) Le tulle sera brodé à l’aide du crochet pour imiter les dentelles. On utilise alors le point de Beauvais et différents points qui utilisent les réseaux du tulle pour former des motifs.
  • 1865 Monsieur Ferry Bonnechaux de Lunéville à l’idée de mettre des perles sur le fil à broder.
  • 1914-1918 première guerre mondiale
  • 1920 Années folles - Robe Charleston perlées
  • 1940-1945 deuxième guerre mondiale – invention du polyester
  • 1950–1960 engouements pour le plastique qui permet toutes les créations dont les paillettes
  • Parallèlement à l’industrialisation des dentelles, naîtront les premières machine à broder industrielles tels que les multi têtes.

Histoire des paillettes


Les paillons de l’antiquité étaient en métal (or ou argent). Elles étaient trop lourdes pour en couvrir un vêtement et trop cher pour être utilisées par tout le monde. Le peu qui recouvrait un vêtement le rendait lourd, ces vêtements étaient essentiellement des vêtements d’apparats. On pouvait en voir aussi sur des tenture ou des coussins.

Paillettes en Bakélite : invention de la bakélite 1909 La bakélite est un produit sans souplesse et cassant il ne sera pas utilisé très longtemps et sera remplacé par la gélatine moins cher et plus facile à travailler.

Les paillettes en gélatines : utilisés dans les années 1950 elles ne résistent pas au lavage car elles fondent dans l’eau ainsi qu’au nettoyage à sec. On en trouve encore aujourd’hui dans les boutiques vintages.

Les paillettes en polyester : Dès 1960 les paillettes en polyester supplanteront les paillettes en gélatines. Elle sont légères, bon marchés, lavables et permettent toutes les couleurs et toutes les formes.





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